Marine Le Pen inéligible : la fin d’une ère pour le Rassemblement National ?
Un coup de tonnerre politique
La condamnation de Marine Le Pen en mars 2025 pour détournement de fonds publics marque une rupture dans l’histoire contemporaine du Rassemblement National (RN). La peine prononcée, quatre ans de prison dont deux avec sursis, accompagnée de cinq ans d’inéligibilité, prive la figure historique de l’extrême droite française de toute ambition présidentielle en 2027.
L’image de la leader, autrefois solidement ancrée dans la scène politique nationale, est sérieusement écornée. Cette décision de justice a des conséquences immédiates : Le Pen se trouve exclue du jeu politique au moment même où son parti semblait en passe de gagner en respectabilité sous l’égide de Jordan Bardella. Ce dernier, jeune président du RN, tente depuis son arrivée de lisser l’image du mouvement, adoptant une communication plus policée, plus en phase avec la droite républicaine, tout en conservant les marqueurs identitaires forts du parti.
Soutiens internationaux et accusations de « chasse aux sorcières »
La condamnation de Marine Le Pen a suscité des réactions internationales notables. Le président américain Donald Trump a vivement critiqué cette décision, la qualifiant de « chasse aux sorcières » et appelant à la « libération » de Le Pen. Sur son réseau Truth Social, il a exprimé sa solidarité en déclarant : « Je ne connais pas Marine Le Pen, mais je suis sensible au fait qu’elle travaille dur depuis tant d’années. […] LIBÉREZ MARINE LE PEN ! »
Son vice-président, J.D. Vance, a également apporté son soutien à la dirigeante du RN, estimant que sa condamnation était une tentative de l’écarter de la course présidentielle. Il a déclaré sur Newsmax : « Elle est en tête dans certains sondages. Et pour une accusation particulièrement mineure, […] ils essaient de la mettre en prison et de l’écarter du scrutin. »
Le milliardaire Elon Musk a aussi réagi en dénonçant un « abus du système judiciaire », rejoignant ainsi le chœur des critiques internationales.
Bardella : l’héritier légitime ou le stratège opportuniste ?
L’inéligibilité de Marine Le Pen soulève immédiatement la question de la succession. Jordan Bardella, souvent présenté comme le dauphin naturel, a su se démarquer par une gestion plus consensuelle et une communication millimétrée, rappelant le jeune Jacques Chirac dans sa capacité à apaiser les tensions internes tout en consolidant la base militante. En cultivant une image plus policée, il semble s’éloigner des outrances verbales qui avaient valu à Marine Le Pen autant d’adhésions que de rejets.
Le jeune dirigeant a récemment intensifié sa présence médiatique, multipliant les interventions et les voyages stratégiques. Fin mars 2025, Bardella s’est rendu en Israël pour participer à une conférence internationale sur la lutte contre l’antisémitisme, marquant une volonté de redorer l’image du RN à l’international. Lors de cette visite, il a exprimé son soutien à Israël dans sa lutte contre le terrorisme islamiste, soulignant les parallèles avec les défis sécuritaires en France. Cependant, cette initiative a suscité des réactions contrastées : si certains y ont vu une ouverture politique, d’autres ont dénoncé une tentative de légitimer un parti historiquement marqué par des accusations d’antisémitisme.
Un parallèle troublant avec l’affaire Fillon
Les répercussions judiciaires rappellent l’affaire François Fillon en 2017, lorsque l’ancien Premier ministre avait vu sa campagne présidentielle torpillée par des révélations sur des emplois fictifs. À l’époque, la droite avait vu son électorat se diviser, incapable de désigner un candidat de substitution. Le RN pourrait connaître une situation similaire si Bardella ne parvient pas à s’imposer comme un successeur naturel et incontesté.
Les partisans de Marine Le Pen dénoncent ce qu’ils qualifient de “chasse aux sorcières”, soulignant un acharnement judiciaire à l’égard de leur candidate, à l’image des soutiens de Fillon quelques années plus tôt. Toutefois, la justice semble s’être appuyée sur des éléments probants, mettant en lumière des détournements systémiques au sein du groupe parlementaire européen du FN, devenu RN.
Une Macronie fragilisée en toile de fond
En parallèle, le paysage politique français est en pleine recomposition. Emmanuel Macron, dont la majorité a été mise à mal par de multiples frondes, a récemment vu son gouvernement remanié pour la quatrième fois en moins de deux ans. Les tensions internes se cristallisent autour du Premier ministre François Bayrou, qui peine à trouver sa place dans un équilibre politique instable. Les motions de censure répétées témoignent d’une fatigue démocratique et d’une contestation croissante au sein même de l’Assemblée.
Un contexte international qui redistribue les cartes
Sur le plan international, les crises se multiplient. En Ukraine, la guerre s’éternise malgré les tentatives de médiation européennes. Dans le même temps, le Proche-Orient connaît une nouvelle flambée de violence avec le conflit israélo-palestinien, où les affrontements se poursuivent malgré les appels au cessez-le-feu. Ce climat de tension internationale tend à reléguer les enjeux de politique intérieure au second plan, mais il nourrit également le discours sécuritaire du RN, qui prône un renforcement drastique des frontières et des mesures de protection nationale.
Le RN face à son avenir
En définitive, la mise à l’écart de Marine Le Pen place le RN devant un dilemme existentiel : poursuivre la ligne historique incarnée par sa fondatrice, ou embrasser pleinement la stratégie de normalisation impulsée par Bardella.